Un bilan de puissance électrique tertiaire mal calibré, c'est un TGBT sous-dimensionné, des disjoncteurs qui déclenchent au mauvais moment, ou un raccordement ENEDIS à repenser entièrement. Voici la méthode structurée pour éviter ces écueils, de l'inventaire des charges jusqu'au choix du transformateur.
Étape 1 — Inventaire exhaustif des charges électriques
Commencez par lister tous les récepteurs du bâtiment, poste par poste. Aucun équipement ne doit être oublié.
Classez-les par usage fonctionnel pour faciliter l'analyse des foisonnements.
- Éclairage : puissance installée en W/m², type de source (LED, fluorescent)
- CVC : groupes de froid, PAC, CTA, ventilateurs, pompes de circulation
- Prises de courant : postes de travail, écrans, petits équipements
- Informatique et serveurs : baies, onduleurs, switches
- Ascenseurs et équipements techniques : pompes incendie, compresseurs, portails automatiques
- Cuisine et restauration : four, plonge, chambre froide (si applicable)
Pour un immeuble de bureaux en Île-de-France, la puissance installée brute dépasse souvent 40 W/m² avant application des coefficients. Ce chiffre seul ne dimensionne rien : il faut aller plus loin.
Étape 2 — Calcul de la puissance apparente installée
Pour chaque récepteur, relevez la puissance active P (kW) et le facteur de puissance cos φ. La puissance apparente S s'obtient par S = P / cos φ, exprimée en kVA.
Le cos φ moyen d'un site tertiaire oscille généralement entre 0,85 et 0,92 après compensation. En dessous de 0,85, une batterie de condensateurs ou un filtre actif devient incontournable.
| Type de charge | Cos φ typique | Impact sur S |
|---|---|---|
| Éclairage LED avec driver | 0,90 à 0,95 | Faible |
| Moteur CVC non compensé | 0,70 à 0,80 | Élevé |
| Onduleur / UPS | 0,95 à 0,99 | Très faible |
| Groupe de froid à variateur | 0,85 à 0,92 | Modéré |

Étape 3 — Application des coefficients de foisonnement et d'utilisation
C'est ici que le calcul de puissance électrique prend tout son sens. Appliquer la puissance installée brute au TGBT sans foisonnement conduit systématiquement à un surdimensionnement coûteux.
Deux coefficients entrent en jeu.
- Ku (coefficient d'utilisation) : fraction du temps où le récepteur fonctionne à pleine charge. Ex. : prises de courant bureau → Ku ≈ 0,10 à 0,20.
- Ks (coefficient de simultanéité / foisonnement) : probabilité que plusieurs récepteurs fonctionnent en même temps. Ex. : pour 50 prises de bureau → Ks ≈ 0,40 à 0,60.
La puissance appelée résultante : P_appelée = Σ (P_installée × Ku × Ks). C'est cette valeur, par départ et par niveau, qui conditionne le dimensionnement électrique de votre immeuble de bureaux.
« Le foisonnement, c'est l'écart entre ce qu'un bâtiment pourrait consommer et ce qu'il consomme réellement en pointe. Ne pas l'appliquer, c'est surdimensionner et payer inutilement la souscription de puissance. »
Étape 4 — Dimensionnement du TGBT et choix du raccordement
Avec la puissance appelée totale en kVA, vous dimensionnez le Tableau Général Basse Tension (TGBT) : nombre de départs, calibre des disjoncteurs généraux, sectionneur de tête.
Prévoyez une réserve de capacité de 20 à 30 % sur le TGBT pour absorber les extensions futures — règle d'or pour tout site tertiaire évolutif.
Le raccordement ENEDIS se détermine ensuite :
- Puissance ≤ 250 kVA : raccordement BT possible, tarif C5 ou C4.
- Puissance > 250 kVA : poste de livraison HTA 20 kV obligatoire, transformateur HTB/BT à dimensionner (ratio typique : 1 transformateur par 630 kVA de puissance appelée).
Les équipes ELTBAT réalisent ce type d'étude de conception électrique pour des projets tertiaires sur l'ensemble du territoire, de Paris à Marseille en passant par Lille et Strasbourg.
Pour comprendre les enjeux réglementaires liés à la performance énergétique du bâtiment, consultez aussi notre article sur la maîtrise d'œuvre en génie électrique et climatique.
Étape 5 — Validation et livrables de l'étude électrique
Un bilan de puissance tertiaire complet se conclut par un dossier structuré, exploitable par le maître d'ouvrage, le bureau de contrôle et l'installateur.
- Tableau récapitulatif des charges par niveau et par usage
- Puissance appelée par départ TGBT et puissance totale souscrite
- Note de calcul cos φ et plan de compensation si nécessaire
- Schéma unifilaire TGBT avec réserves identifiées
- Synthèse raccordement ENEDIS (puissance souscrite, tarif conseillé)
Ce dossier sert également de base pour un audit énergétique ultérieur ou pour le suivi via GTB — voir notre article sur le décret BACS et ses obligations.
Pour aller plus loin sur les termes techniques, le glossaire du génie électrique clarifie 40 définitions utiles pour vos échanges avec les bureaux d'études.
La norme de référence est la NF C 15-100 (AFNOR), qui fixe les règles de conception des installations BT en France. L'ADEME publie également des références de consommation par type de bâtiment tertiaire, utiles pour valider vos hypothèses de foisonnement.
Vous souhaitez un devis pour votre étude électrique ? ELTBAT intervient dès la phase programme jusqu'à la réception des travaux.
Foire aux questions
Quelle est la différence entre puissance installée et puissance appelée ?
La puissance installée est la somme brute de tous les récepteurs. La puissance appelée intègre les coefficients d'utilisation et de foisonnement : c'est la puissance réelle à prévoir en pointe.
À partir de quelle puissance faut-il un poste HTA ?
Au-delà de 250 kVA de puissance souscrite, ENEDIS impose un raccordement en haute tension HTA 20 kV avec poste de livraison et transformateur dédié.
Combien de temps faut-il pour réaliser un bilan de puissance tertiaire ?
Pour un bâtiment de bureaux de 2 000 à 5 000 m², comptez 3 à 5 jours ouvrés pour un bureau d'études expérimenté, dossier de calcul inclus.
